Chronique du 03 octobre 2015 :
Le téléphone portable et les prisons

 
Jusqu’il y a peu, toute forme de communication téléphonique était strictement interdite entre le prisonnier et le monde extérieur.
 
La loi a assoupli ce régime il y a quelques années et a fait procéder à l’installation de cabines téléphoniques en prison, dont l’usage est soumis à l’autorisation préalable de l’autorité judiciaire (juge d’instruction ou directeur de maison d’arrêt quand le détenu est condamné).
 
L'usage de la cabine est strictement encadré : les conversations sont susceptibles d’être écoutées, les numéros de téléphone des destinataires sont pré enregistrés, c’est à dire que le détenu ne peut pas appeler n’importe qui.
 
Les détenus préfèrent donc disposer d’un peu plus d’autonomie et avoir leurs propres téléphones portables.
 
C’est d’ailleurs totalement interdit. Si le détenu se fait arrêter en possession d’un portable, il fera l’objet de sanctions disciplinaires dans la maison d’arrêt. Il risque également des poursuites pénales devant le Tribunal Correctionnel.
 
Et pourtant l’usage du téléphone s’est généralisé en prison et de moins en moins nombreux sont les détenus qui n’en possèdent pas un.
 
Pour se les procurer, y a plusieurs possibilités. Ce peut être auprès d’autres détenus qui les vendent.
 
Le prix est nettement supérieur au prix d’un téléphone acheté dans le commerce.
 
Pour faire rentrer les portables en maison d’arrêt il y a plusieurs solutions : le détenu peut les fait introduire à l’occasion de parloir avec la famille. Certains téléphones sont indétectables au portique.
 
Il peut se les faire envoyer par ce que l’on appelle des "missiles":
A une heure convenue d’avance, quelqu’un va envoyer de l’extérieur un colis emballé qu’il va faire passer par-dessus le mur d’enceinte et qui va atterrir dans la cour de promenade, à charge pour le détenu de le récupérer au plus vite.
 
Enfin, les portables peuvent rentrer avec la complicité de certains surveillants peu scrupuleux désireux d’arrondir leurs fins de mois.
 
Une fois le portable en possession du détenu, celui-ci se fait apporter une puce prépayée ou en achète une et il peut s’en servir.
 
Il existe des portables qui se vendent sur internet, indétectables aux portiques de sécurité et pas plus grand qu’un petit briquet. On peut très facilement les dissimuler.
 
Pour les autres portables plus classiques du type smartphone, les détenus regorgent d’ingéniosité pour les cacher astucieusement dans la cellule.
De plus, et dans une volonté de paix sociale, les maisons d’arrêt savent que la bataille du portable est vouée à l’échec et vont parfois plus ou moins fermer les yeux.
 
Un détenu qui peut communiquer régulièrement avec sa famille est un détenu susceptible d’être plus apaisé.
 
Enfin, parfois la justice aime que les détenus utilisent les téléphones.
 
Et les laisse faire le plus librement du monde car il peut arriver que des enquêtes patinent et que les policiers ait besoin de prouver l’existence de trafics, de recueillir l’aveu d’un malfaiteur sur les délits ou crimes qu’il a commis.
 
Les policiers vont alors mettre le portable d’un détenu sur écoute et le laisser téléphoner librement en s’assurant que les surveillants ne viennent pas fouiller sa cellule.
 
Et à un moment le détenu au téléphone va commettre une erreur et lâcher des informations qui pourront s’avérer déterminantes.
 
Penser qu’une prison peut être totalement hermétique est une chimère.
 
Il est impossible d’éviter des entrées de trous les objets illicites.
 
On pourrait bien imaginer d’installer des brouilleurs de portables en prison mais des brouilleurs performants coûtent très chers et le ministère de la justice a un budget très limité.
 
De plus, si un brouilleur est installé, le détenu s’adaptera et trouvera du matériel pour passer au travers.
 
Une dernière solution, la plus réaliste pour évacuer ce problème de portable en prison serait de le légaliser.
 
Vous imaginez que des fouilles de cellule sont réalisées tous les jours, des portables sont confisqués à la pelle, les procédures disciplinaires s’enchainent et des jours de mitards sont infligés en cascade alors que… un rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté propose de libéraliser sous certaines conditions l’usage du portable en prison.
 
C’est une proposition qui émane du Contrôleur Général des Lieux de privation de liberté lequel est désigné par l’Etat. Il est indépendant et très écouté.
 
Il est incontestable que la prison doit évoluer avec son temps.
 
Avant, quatre murs permettait de couper le prisonnier du monde.
 
Aujourd’hui, pas besoin de s’appeler Al Capone pour gérer ses affaires depuis sa cellule. Ce que certains ne se privent pas de faire.
 
Il faut donc renoncer à ce qui est impossible et s’adapter en permanence à l’évolution des mœurs et de la technologie.
 
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