Chronique du 12 septembre 2015 :
L’affaire Omar Raddad partie 1

 
Une riche veuve est assassinée il y a à peu près vingt-cinq ans dans sa villa de Mougins et dont l’auteur présumé a été désigné par la justice comme étant un jardinier marocain.
 
Il s’agit de l’affaire Omar Raddad, l’une des plus médiatisées de ces trente dernières décennies.
 
Le 24 juin 1991, le corps de Ghislaine Marchal est découvert inanimé par la Gendarmerie dans la chaufferie de sa villa de Mougins.
 
Le corps est lardé d’une dizaine de coups de couteaux, le crane défoncé et le doigt presque sectionné.
 
Ce qui étonne les enquêteurs, c’est que la porte de la chaufferie est fermée de l’extérieur mais qu’un lit est appuyé contre la porte depuis l’intérieur ainsi qu’un tuyau métallique installé pour empêcher son ouverture.
 
Et surtout, sur la porte d’accès à la cave est notée en lettre de sang une inscription devenue célèbre… "Omar m’a tuer".
 
Rapidement, le "Omar" en question sera identifié comme étant un certain Omar Raddad qui travaillait pour elle comme jardinier.
 
La voisine de Ghislaine Marchal, qui avait d’ailleurs prévenu les Gendarmes de sa disparition car elles s’étaient ensemble fixé un rendez-vous auquel elle n’était jamais venue, indiquait aux enquêteurs que cet Omar Raddad était venu travailler le dimanche 23 juin.
 
Craignant sa fuite, les Gendarmes décidaient de procéder au plus vite à son interpellation.
 
Entendu par les enquêteurs, Omar RADDAD niait farouchement les faits.
 
Pourtant les investigations laissaient apparaître :
  • Une absence totale de trace d’effraction.
    Or, Omar Raddad avait les clés de la propriété.
  • Que le portefeuille de Ghislaine Marchal était de 5000 francs sans aucun autre vol, alors que le jardinier savait que sa patronne avait de fortes sommes d’argent dans son porte-monnaie.
  • Que la victime après s’être réfugiée dans la chaufferie s’était carapatée depuis l’intérieur ce qui laissait penser qu’elle seule pouvait inscrire "Omar m’a tuer" sur la porte.
  • Que la victime confondait elle-même souvent les "é" et "er" ce qui avait été constaté sur son calepin.
  • Qu'Omar Raddad qui était joueur, qui avait d’importantes dettes et demandait régulièrement à ses employeurs des avances sur salaire.
  • Qu'une dispute intervenue avec Madame Marchal qui ne souhaitait plus lui consentir de nouvelles avances sur salaire.
Les éléments à charge s’accumulaient.
 
Une autopsie du corps de la victime était réalisée.
 
Et là, patatras ! Il était mentionné dans le rapport du médecin légiste que le meurtre avait eu lieu le 24 juin entre 12h et 14h.
 
Or, pour la journée du 24, Omar Raddad avait un alibi puisqu’il passait les fêtes religieuses dans sa famille à Toulon.
 
Les enquêteurs devaient donc s’orienter sur d’autres pistes.
 
Et puis nouveau rebondissement :
 
On apprend que le médecin légiste avait commis une erreur dans l’autopsie et inscrit un 4 à la place du 3.
 
Le meurtre aurait donc eu lieu le 23 juin, date à laquelle le jardinier travaillait bien chez Ghislaine Marchal.
 
Dès le 27 juin, il était mis en examen et écroué à la prison de Grasse.
 
Le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises des Alpes-Maritimes en février 1994 avec comme avocat le ténor du Barreau Jacques Vergès qui va prendre le dossier en mains 3 jours seulement avant son ouverture.
 
Le procès est tendu ; l’avocat qui doit assimiler en même temps que son déroulement des milliers de PV n’a pas une connaissance exhaustive du dossier.
 
Il a l'intention de politiser l’affaire, de le déplacer sur un terrain social du type lutte des classes ce que ne manquent pas certains journalistes de faire la comparaison avec l’affaire Dominici quarante ans plus tôt.
 
Il n’oublie pas non plus de faire le procès de la justice, de l’enquête et des expertises.
 
Et puis les incidents d’audience se multiplient.
 
L’un d’entre eux, assez fameux a notamment permis de démontrer que cette affaire était aussi teintée à certains égards d’un soupçon de racisme.
 
La défense du jardinier avait fait citer bon nombre de témoins pour attester de sa gentillesse et de sa douceur.
 
Sa propre épouse indiquait à la barre qu’il n’aurait même pas fait de mal à une mouche.
 
Et le président de répliquer fort maladroitement et inopportunément en faisant référence à la fête de l’Aïd :
"Est-il aussi gentil lorsqu’il égorge des moutons ?"
 
Au bout du compte les médias donc l’opinion semblent acquis à la cause du jardinier.
 
Il n’en est pas de même de la Cour d’Assises qui le condamne à 18 ans de réclusion criminelle.
 
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