Chronique du 21 novembre 2015 :
L’affaire Omar Raddad partie 3

 
Nous revenons aujourd’hui une nouvelle fois sur une affaire très célèbre : L’affaire Omar Raddad.
 
Le 24 juin 1991, le corps de Ghislaine Marchal est découvert inanimé par la Gendarmerie dans la chaufferie de sa villa cossue de Mougins.
 
Le corps est lardé d’une 10e de coups de couteaux, le crane défoncé et le doigt presque sectionné.
 
Sur la porte d’accès à la cave est notée en lettre de sang une inscription devenue célèbre "Omar m’a tuer" avec une faute de grammaire.
 
Rapidement, le "Omar" en question sera identifié comme étant le un certain Omar Raddad, jardinier au sein de la propriété.
 
Entendu par les enquêteurs, il nie farouchement les faits malgré bon nombre d’éléments à charge.
 
Une autopsie du corps de la victime est réalisée qui démontre que le jour du meurtre, Omar Raddad travaillait chez la victime.
 
Dès le 27 juin, il est mis en examen et écroué à la prison de Grasse.
 
Le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises des Alpes-Maritimes en février 1994 avec comme avocat le ténor du Barreau Jacques Vergès qui va prendre le dossier en mains 3 jours avant son ouverture.
 
Au bout du compte les médias donc l’opinion semblent acquis à la cause du jardinier.
 
Il n’en est pas de même de la Cour d’Assises qui le condamne à 18 ans de réclusion criminelle.
 
En 1995, la Cour de cassation rejette le pourvoi qu’il avait formé à l’encontre de la décision de condamnation.
 
En 1996, Jacques Chirac alors président de la République lui accorde une grâce présidentielle partielle lui permettant de voir sa peine aménagée et de sortir de prison de manière anticipée en 1998.
 
En 2000, la Cour de révision ordonne de nouvelles investigations dont une expertise graphologique.
 
En 2002, la Cour de révision refuse un nouveau procès considérant que les nouveaux éléments produits ne sont pas de nature à jeter un doute sur sa culpabilité.
 
En 2014 et alors que les critères d’une révision du procès sont assouplis par la loi, il demande une expertise ADN sur les portes et un chevron présents sur la scène de crime.
 
Cette affaire, tout comme d’autres du type « Dupont de Ligonnès » revient régulièrement sous les feux de l’actualité.
Nous avons appris il y a quelques jours que le Parquet de Nice avait ordonné que les ADN retrouvés sur les portes et le chevron sont exploités.
 
La demande formulée en 2014 par Omar RADDAD et son avocat a donc été accueillie favorablement…
 
Allons-nous enfin avoir une réponse à cette affaire ? Rien n’est moins sûr.
 
Tout d’abord, la réponse, on la connait déjà puisqu’aux yeux de la loi, la Cour d’Assises s’est prononcée en 1994 et a déclaré le jardinier coupable.
 
Cette décision n’a, à ce jour, jamais été contredite.
 
Ensuite, il faut savoir qu’il y a beaucoup de chances que cette exploitation d’ADN n’aboutisse pas favorablement.
 
Tout ce que l’on sait à ce jour c’est qu’il y a de l’ADN sur les portes et le chevron.
D’une part, ces objets exploités ont été placés sous scellé en 1991.
 
Ils ont donc été manipulés pendant l’enquête, l’instruction et au cours du procès par des policiers, des magistrats et des avocats.
 
Il peut s’agir de leur ADN, déposé par les doigts ou les postillons.
 
21 cette époque, l’ADN et son exploitation par la police technique et scientifique n’étaient pas développés.
 
Jamais à cette époque nous aurions pu imaginer qu’une telle exploitation ADN aurait pu être réalisée plus de 20 ans plus tard.
 
D’ici à ce que nous retrouvions les empreintes du juge d’instruction ou de Me VERGES, l’un des avocats de RADDAD, on ne pourra pas pour autant en déduire qu’ils sont les meurtriers de la riche héritière.
 
D’autre part, il est aussi possible que l’on retrouve l’ADN du véritable meurtrier.
 
Mais la réponse ne sera pas nécessairement évidente.
 
Imaginez que le meurtrier n’ait jamais été fiché dans le fichier des empreintes génétique que l’on appelle le FNAEG, comment voulez-vous alors identifier l’ADN retrouvé puisque les scientifiques n’ont pas de points comparaison.
 
On ne va pas non plus prélever l’ADN de toutes les personnes qui ont pu manipuler ces scellés.
 
Bref, si l’on peut espérer que l’ADN parle, les chances d’obtenir enfin le nom du meurtrier sont faibles sauf bien entendu si l’on considère qu’Omar RADDAD ne l’est pas.
 
Et aux yeux de la justice, il l’est toujours.
 
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