Chronique du 24 octobre 2015 :
L’Etat de catastrophe naturelle

 
Nous sommes à Marseille, le 3 juin 1974 vers 11h.
 
La petite Marie-Dolorès RAMBLA âgée de 8 ans est enlevée devant chez elle.
 
Un homme se présente en voiture, se gare et l’aborde alors qu’elle joue avec son petit frère de six ans.
 
Prétextant chercher son chien qui a disparu, le petit frère fait le tour de l’immeuble et à son retour, l’homme a disparu, sa voiture et sa petite sœur aussi.
 
Le petit garçon prévient son père qui la cherche et prévient la police.
 
Environ une heure plus tard, à une vingtaine kilomètres de là, un homme est victime d’une collision avec un véhicule qui va s’enfuir.
 
Des témoins parviendront à relever la plaque. Il s’avèrera que le propriétaire du véhicule se nomme Christian RANUCCI.
 
Vers 17h, à deux kilomètres de l’accident, dans une Champignonnière, un homme qui s’est embourbé demande à deux personnes de l’aider à dégager sa voiture.
 
Apprenant la nouvelle de l’enlèvement, ces témoins, la victime de l’accident et la personne qui a relevé la plaque du véhicule vont faire un rapprochement.
 
Les Gendarmes vont effectuer une battue dans la champignonnière et découvrir un pull-over rouge, celui-là même qui a donné son nom au livre de Gille Perrault.
 
On y trouve aussi et surtout le corps de la petite Marie-Dolorès, le visage tuméfié et le crâne fracassé à coups de pierres.
 
Christian Ranucci est arrêté à son domicile niçois le 5 juin 1974.
 
On découvre dans sa voiture un pantalon tâché de sang et un cheveu ressemblant à ceux de la petite victime.
 
Présenté aux témoins de l’enlèvement, il n’est pas reconnu. Sa voiture non plus.
 
Le suspect n’avoue quant à lui que l’accident et le délit de fuite, prétextant que, conduisant alcoolisé, et VRP de métier, il ne voulait pas perdre son permis.
 
Après 19 heures de garde à vue, il passera aux aveux, dessinera un plan des lieux de l’enlèvement conduira les Gendarmes vers le couteau ensanglanté du crime.
 
Il renouvellera à plusieurs reprises ses aveux pour se rétracter en toute fin d’instruction.
 
De cette affaire, le Procureur en charge du dossier lâchera : "c’est un dossier de merde ! Mais il est coupable."
 
Ranucci sera renvoyé devant la Cour d’Assises des Bouches du Rhône le 6 novembre 1975.
 
A l’audience les avocats sont divisés.
 
Certains considèrent que les charges sont si accablantes qu’il vaut mieux plaider coupable et les circonstances atténuantes.
 
D’autres considèrent au contraire qu’il y a place à l’acquittement, Ranucci ayant dénoncé ses aveux en garde à vue extorqués sous la torture.
 
Le 10 mars 1976, il est condamné à la peine capitale.
 
Un pourvoi en cassation est formé. Rejeté.
 
Un recours en grâce est présenté au Président de l’époque, Valérie Giscard D’Estaing.
 
La décision indique:
 
"Le Président de la République,
Après examen du recours en grâce instruit à la suite de la condamnation capitale prononcée le 10 mars 1976 par la Cour d’Assises des Bouches du Rhône contre Ranucci Christian né le 6 avril 1974 à Avignon,
Décide… de laisser la justice suivre son cours.
A Paris le 26 juillet 1976."

 
Recours en grâce rejeté.
 
Le 28 juillet 1976, il est réveillé aux aurores dans sa cellule des Baumettes à Marseille, fume sa dernière cigarette et il est guillotiné à 4h13.
 
Les trois demandes de révision ultérieures destinées à obtenir sa réhabilitation sont rejetées.
 
Incontestablement au-delà même de la question de la culpabilité de Christian Ranucci, cette affaire a probablement fait avancer à grand pas la question de la peine de mort qui sera abolie en 1981 par François Mitterrand et sur l’impulsion de son garde des Sceaux de l’époque, Robert Badinter.
 
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