Chronique du 28 novembre 2015 :
La robe d’avocat

 
Sacha Guitry disait : "Les avocats portent une robe pour savoir mentir comme les femmes".
 
Plus sérieusement, vous avez peut-être remarqué que la robe d’avocat ressemble furieusement à la soutane portées il y a quelques temps par les religieux.
 
Et bien cette ressemblance n’est pas sans raison.
 
Il faut savoir qu’autrefois, la justice était rendue au nom de dieu.
 
Les avocats étaient donc composés de membres du clergé qui plaidaient en soutane.
 
D’ailleurs, leur soutane était composée de 33 boutons tout comme l’âge du christ à sa mort…
 
Cette origine ecclésiastique est donc restée avec le temps.
 
Elle est intéressante parce qu’elle permet d’offrir au justiciable une égalité d’apparence des avocats qui portent la même robe.
 
Elle permet aussi d’afficher une certaine distance puisque l’avocat, par son costume, incarne le bien contre le mal.
 
Elle montre en fait que la justice, par ses représentants, n’est pas uniquement une affaire administrative.
 
Malheureusement, cette notion d’égalité entre avocats est un peu mise à mal…
 
Ils sont en effet autorisés à porter leurs décorations sur leurs robes.
 
Et cette pratique est dommage car cela rompt le principe d’égalité.
 
Imaginez cet avocat qui se lève de son banc, arboré de sa belle légion d’honneur, qui jette un regard suffisant sur son jeune confrère non décoré et qui se lance, face à un juge bienveillant et admiratif, dans une plaidoirie paternaliste.
 
Ne rompt-il pas quelque part un peu ce principe d’égalité imposé par la robe noire?
 
Parfois aussi, l’on rencontre des avocats portant des robes avec trois rangées d’hermine sur l’épitoge.
 
L’épitoge c’est une bande de tissu accrochée à la robe.
 
L’hermine c’est la bande de fourrure qui est cousue dessus et qui porte le nom de l’animal ayant servi à cette fourrure.
 
D’ailleurs, aujourd’hui on est plus sur du lapin que sur de l’hermine.
 
Et bien cette triple rangée d’hermine est parfois portée par certains avocats ayant eu un doctorat en droit.
C’est légal, ça en impose mais ça ne veut pas dire que l’avocat est meilleur qu’un autre.
 
Regardez à Paris, aucun avocat n’a de fourrure sur l’épitoge. Ils n’en sont pas moins compétents pour autant.
 
Les avocats parisiens n’ont pas d’hermine à leur robe et pour l’expliquer, il y a plusieurs thèses en concurrence.
 
La première, la moins crédible, serait liée à Malesherbes, l’avocat de Louis XVI lors de son procès qui fut lui aussi guillotiné pour l’avoir défendu.
 
La profession aurait alors décidé de supprimer cette hermine.
 
La seconde thèse, plus probable remonte au moyen-âge.
 
A l’époque, l’avocat portait une robe, une coiffe et un manteau.
 
Le manteau était herminé lors de cérémonies officielles et ordinaires lors des audiences classiques.
 
Et bien l’épitoge, ce morceau de tissu accroché à la robe, correspond aujourd’hui au manteau de l’époque.
 
Et les parisiens, la porte donc sans hermine lors d’audiences ordinaires.
 
Cette parenthèse étant refermée, je reprends mon propos.
 
Cette robe incarne le principe de la justice, du bien et du mal.
 
Juridiquement, elle est définie comme un costume judiciaire et fait l’objet d’une règlementation.
 
Il est donc impossible, sauf à commettre une faute déontologique, de se balader en ville avec et même de prendre un café avec en dehors du Palais de justice entre deux audiences.
 
La robe d’avocat est aussi composée d’une traine.
 
Aujourd’hui elle est repliée et cousue mais autrefois elle trainait au sol.
 
Cette traine était un symbole de puissance des avocats puisqu’elle trainait de façon majestueuse dans les cortèges.
 
Elle permettait aussi d’éviter que des importuns ne viennent s’approcher de trop près de l’avocat au risque de s’y prendre les pieds.
 
Depuis, les seules cérémonies où cette traine peut être dépliée, c’est lors des obsèques d’un avocat.
 
Il faut aussi savoir que le costume d’avocat a été supprimé pendant une courte période, plus précisément entre la révolution française et Napoléon qui l’a rétabli.
 
Comme la profession d’avocat était surtout exercée par la noblesse, la robe était assimilée au pouvoir royal.
Et ça, les révolutionnaires n’aimaient pas beaucoup.
 
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